Distribution de la propagande électorale : les chiffres annoncés étaient faux ?

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L’assemblée nationale avait constitué une mission d’information pour analyser les raisons des dysfonctionnements de la distribution de la propagande électorale pendant les dernières élections départementales et régionales.

Elle s’apprête à rendre son rapport qui pointe du doigt certaines anomalies dans les chiffres annoncés par Adrexo, tant pour obtenir le marché qu’après la distribution.

Les chiffres ne semblent décidément pas être le point fort du groupe…

Le rapport à paraitre des députés analyse les dysfonctionnements qui ne sont pas tous à mettre à l’actif d’Adrexo, bien évidement et le texte le mentionne d’ailleurs.

Une grande partie de la chaine logistique et de production a été défaillante.

Les députés insistent sur le point de la conclusion du marché public avec Adrexo alors que l’entreprise n’était visiblement pas dimensionnée pour cette tache.

Ce marché a été obtenu notamment grâce à une note technique élevée sur la capacité d’Adrexo à remonter des informations en cours de distribution sur la qualité et la quantité distribuée.

Il s’agissait la de mettre en avant les données produites par la fameuse badgeuse.

Comme pour le résultat observé par l’activité courante de l’entreprise, cet appareil connait régulièrement des dysfonctionnements – qui permettent d’ailleurs à l’entreprise de ne pas payer le temps réel de distribution – et les résultats communiqués au ministère de l’intérieur se sont avérés très décevant.

Les députés indiquent “Bien qu’automatisé, le dispositif est apparu trop exposé au risque de manipulation par les personnels d’Adrexo”.

En effet, trop d’éléments peuvent engendrer l’arrêt de l’appareil ou son dysfonctionnement, et ce que nous constatons tout au long de l’année s’est particulièrement illustré dans cette période.

En dehors de cet aspect technique simple, les députés critiquent ouvertement le choix d’Adrexo au regard de sa situation financière qui n’aurait pas assez été étudiée lors de l’examen des candidatures. Ils rappellent l’historique du rachat à prix négatif d’Adrexo Colis devenu Colis Privé et ensuite d’Adrexo, toujours à prix négatif, et sur les projets des repreneurs.

Fort malicieusement, ils écrivent : “Le miracle n’a pas eu lieu, comme l’illustrent des retards de paiement des salariés observés à l’été 2019. Cette même année, le cabinet comptable Boisseau rend un rapport estimant que la société ne survit que parce qu’elle ne paie pas ses dettes“.

Il est donc reproché aux services du ministère de l’intérieur de ne pas avoir assez analysé la situation d’Adrexo, d’autant qu’ils avaient le pouvoir de le faire en demandant des bilans et des documents comptables.

Cela dit, le ministère aurait il eu les bons chiffres ?

Car Adrexo a déclaré, sur demande de précisions, un chiffre d’affaire de 279 millions d’euros en 2019 dont 245 millions sur les services “objet du marché”.

Les députés indiquent “la société a toutefois fait usage d’une conception généreuse du périmètre de services “objet du marché”. Elle a en effet, fort commodément, interprété ces derniers comme désignant la distribution de courrier adressé et non adressé, alors même que les deux activités sont très différentes et que la société n’avait qu’une expérience très limitée du courrier adressé“.

En fait, Adrexo a déclaré l’intégralité de son chiffre d’affaire comme étant concerné par le courrier, incluant la distribution des publicités, activité bien différente en effet.

Sur les effectifs

Evidement, qui parle d’Adrexo, parle de femmes et d’hommes pour distribuer et il n’a pas échappé aux députés qu’Adrexo avait une gestion très particulière de ses salariés, constatant également quelques écarts sur les chiffres avancés par l’entreprise dans ce domaine.

Si Adrexo annonce 15 898 distributeurs en CDI, l’entreprise passe sous silence qu’ils sont presque tous à temps partiel. Un écart substantiel que la encore, le ministère n’a pas cherché à détailler.

Le recours à l’Intérim était donc inévitable et on en connait le résultat.

D’autant que les parlementaires notent que les salariés d’Adrexo se sont avérés “moins mobilisables” que leurs confrères de la poste…. Ceci s’explique sans doute aussi par le traitement qu’ils subissent au quotidien et à l’absence de considération chronique qu’ils supportent.

Le rapport note des conditions de travail difficiles et un fort turn over, surtout des nouveaux entrants, impression confortée par des parutions sur les plateformes de recherche d’emploi.

Pour les salaires, le problème est évidement cité :

Il n’est pas exclu que le paiement des heures complémentaires, objet de nombreuses difficultés chez Adrexo, a aussi pu contribuer à une démotivation des personnels“.

CQFD !

Les salariés interrogés par les députés, aussi bien que leurs représentants, et même la direction… s’accordent toutefois à défendre le travail des distributeurs salariés de l’entreprise et des équipes permanentes.

Alors que, lors de notre audition, nous avons mis en avant le contexte social qui a évidement un rapport avec les difficultés rencontrées, la direction se bornait “à ne pas y voir une des causes de l’échec des opérations de distribution“.

Une volonté d’offrir le marché ?

Dans son dossier, les capacités techniques d’Adrexo ont été tellement mises en valeur qu’elle sont allées au delà des attentes de l’administration… occasionnant ainsi une notation exceptionnelle en faveur d’Adrexo.

L’entreprise proposant même de “redresser” les chiffres des quantités distribués en croisant le fichier avec ses données et en permettant ainsi d’optimiser la distribution.

Tout un programme… pourtant interdit en matière de fichiers électoraux.

Plus bizarrement encore, dans l’offre d’Adrexo, le retour des données des plis non distribués est noté comme automatisé et personne n’a demandé à visualiser le process existant pour en vérifier la réalité, ce qui allait pourtant produire une note maximale sur cet indicateur (64/64) dans le rapport d’analyse du marché.

Bizarrement, le concurrent, la poste a par ailleurs été fortement pénalisé sur la qualité du profil proposé pour assurer sa représentation auprès de l’administration. Les députés s’étonnent que des précisions n’aient pas été demandées à la Poste sur ce sujet.

Finalement, on aurait pas voulu lui confier ce marché, on aurait pas fait autrement…

Même dans l’appel d’offre, une sous valorisation “inexplicable” de la notification des moyens humains parait très décalée par rapport à l’importance de ceux-ci pour une telle opération.

Les agents du ministère relèvent pourtant par écrit que les effectifs paraissent “assez réduits” mais Adrexo obtient toutefois deux tiers des points sur cet item.

Il y aurait une volonté politique d’attribuer le marché à Adrexo que ce ne serait pas étonnant !

Pendant l’opération

Les rapporteurs de l’assemblée nationale évoquent ensuite, pendant l’opération, de nombreuses promesses non tenues.

Sur le reporting, c’est “grandeur… et défaillance“.

De nombreuses remontés des préfectures démontrent que le reporting était très insuffisant et même jugé incohérent.

Sur les problèmes rencontrés, Adrexo aurait proposé “des solutions floues“. Dans son mémoire définitif, Adrexo indique pourtant qu’en cas de défaillance, le personnel permanent sera mobilisé “de jour comme de nuit” et que les solutions logistiques du groupe permettent des solutions de secours en cas de problème.

Ne souriez pas…

Sur la communication, le rapport indique également qu’elle a été très dégradée avec les responsables d’Adrexo, pas toujours joignables.

“En perturbant l’identification et l’anticipation des difficultés ainsi que la recherche de solutions, ces carences n’ont pu qu’aggraver les divers problèmes rencontrés et leur impact sur le bon acheminement aux électeurs des enveloppes de propagande

Enfin, sur les méthodes utilisées, on ne peut que constater des lacunes à tous les niveaux, des process datés, inopérants et totalement inadaptés, souvenez vous des camions de la poste qui partaient chargés alors que les agents d’Adrexo “bipaient” des caisses et bloquaient les départs.

Conclusion

C’est probablement la conclusion des enquêtes parlementaires avec ce second rapport qui n’épargne, ni Adrexo, ni le ministère de l’intérieur, ni les autres acteurs, que sont les imprimeurs, le routeurs, et dans une moindre mesure, notre concurrent la poste.

Un nouveau marché à déjà été contracté avec la poste pour assurer la distribution des éventuelles élections partielles qui pourraient se tenir en 2021. Un nouvel appel d’offre sera fait ensuite pour renégocier un marché, Adrexo ayant déjà annoncé ne plus vouloir aller s’en mêler !

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8 Commentaires

  1. Bonsoir je voudrais si cela est possible de me renseigner sur un incident survenu le lundi 11 octobre 2021 il etait vers les 6h15 je gare mon vehicule dans une citee je pars distribue ma publicite 130 boites aux lettres le debur de mon secteur qui se trouve sur la commune de MEZE dans le 34 quand je reviens j ouvre mon coffre pour remettre mon chariot et je m apercois que mon vehicule a ete defonce sur le cote gauche je vous demande la directive pour les degats cordialement Mr MAILLARD MARC

  2. Bonjour. C’est du foutage de gueule.
    L’état ne pas savoir qu’Adrexo est en déficite ?????
    Ne pas savoir qu’ils sont en défaut de paiements, qu’ils se foutent de leurs salariés ?????
    Tout ça était programmer, l’état savais très bien.

  3. L’honnêteté de quelques dirigeants de cette entreprise n’a jamais été leur point fort. Preuve en est avec le constat qui est fait de la distribution des plis électoraux. Et du paiement entier des salaires et des heures supplémentaires. Tôt ou tard, le poisson finira par se noyer, et la ce sera la fin de la poule aux oeufs d’or.

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